Suggère un média ibérique que le Qatar pourrait endosser un rôle de médiateur dans le conflit du Sahara. Cette hypothèse s’appuie sur le passé facilitateur de l’Émirat dans plusieurs crises internationales et sur ses relations équilibrées avec les deux principales parties concernées, le Maroc et l’Algérie.
Le journal El Independiente rappelle ainsi que Doha a déjà marqué de son empreinte ce différend régional. Au début des années 2000, une médiation qatarie avait permis la libération d’une centaine de prisonniers de guerre marocains détenus dans les camps de Tindouf, en Algérie, démontrant une certaine influence dans la gestion des équilibres diplomatiques locaux.
La crédibilité d’un tel rôle reposerait, selon l’article, sur l’expérience de Doha en la matière et sur ses liens économiques avec les deux capitales. Des sources qataries citées soulignent d’ailleurs : « Nous construisons l’une des plus grandes laiteries d’Algérie. Nous avons d’excellentes relations avec les deux pays. » Cependant, le média entretient une confusion récurrente entre l’Algérie et le Front Polisario, présentant tantôt l’un, tantôt l’autre comme l’interlocuteur direct, alors que la médiation devrait logiquement impliquer Rabat et Alger, qui ont rompu leurs relations diplomatiques en août 2021.
En réalité, le Qatar a déjà tenté une médiation après cette rupture, tout comme l’Arabie saoudite, mais ces efforts se sont heurtés à un refus catégorique de l’Algérie. Aujourd’hui, Doha semble exclure toute initiative sans demande formelle. Majed al-Ansari, porte-parole de la diplomatie qatarie, a ainsi précisé : « L’Algérie et le Maroc sont nos frères […] mais on ne nous a pas demandé de jouer un rôle dans ce conflit. Nous sommes convaincus qu’ils peuvent le résoudre eux-mêmes. »
Cette prudence intervient dans un contexte où les efforts internationaux se recentrent sur l’ONU. La résolution 2703 d’octobre 2023 mentionne les États-Unis comme hôte potentiel de nouveaux pourparlers. Pourtant, la situation reste bloquée par le refus algérien de reprendre le processus politique sous forme de tables rondes, tel que lancé en 2018. Malgré cela, l’envoyé spécial américain Steve Witkoff a récemment déclaré travailler à un accord de paix entre le Maroc et l’Algérie « dans un délai de 60 jours », selon une interview à « 60 Minutes ».
Dans ce paysage diplomatique complexe, l’Algérie pourrait être incitée à des gestes d’apaisement, notamment par crainte d’être classée par Washington parmi les pays hébergeant le terrorisme. Toutefois, une réconciliation véritable semble compromise aussi longtemps que persiste le contentieux sur le Sahara. La diplomatie algérienne, jugée imprévisible et inconstante par certains observateurs, constitue un défi pour toute médiation. L’ancien envoyé personnel de l’ONU, Horst Köhler, avait ainsi démissionné en 2019, officiellement pour raisons de santé, mais en réalité en raison des blocages algériens et du Polisario, selon plusieurs sources.
En définitive, Rabat et Alger affirment tous deux ne faire confiance qu’au processus onusien pour régler ce différend. L’ONU reste l’instance exclusive habilitée à déterminer les mécanismes juridiques et politiques pour mettre en œuvre ses résolutions, dont la 2797, et à fixer le cadre du processus politique. Tant que cette voie institutionnelle sera dans l’impasse, l’hypothèse d’une médiation qatarie, bien que séduisante sur le papier, semble devoir rester à l’état de spéculation.