Révèle une réalité troublante le récent rapport du site sénégalais Pulse sur la prostitution en Afrique. Cette étude met en lumière les pays où la prévalence de ce phénomène est la plus élevée, tout en soulignant le paradoxe entre son statut juridique et sa pratique effective. Le rapport indique que la prostitution prospère dans certains pays africains malgré son interdiction légale, tandis que d’autres ont opté pour sa légalisation afin de mieux lutter contre la propagation du VIH/SIDA.
Arrive en tête de ce classement l’Ouganda, qui compte le plus grand nombre de travailleurs du sexe en Afrique et se classe deuxième au niveau mondial, bien que la prostitution y soit illégale depuis 1950. Le contraste économique y est saisissant : une travailleuse du sexe peut gagner environ 1,5 million de shillings ougandais (439 euros) par mois, soit l’équivalent du salaire annuel d’un enseignant du secondaire dans ce pays.
Se classe au troisième rang mondial le Ghana, où la prostitution est pourtant passible de 15 ans de prison. La situation y est particulièrement alarmante, avec plus de 100 000 enfants contraints de vendre leur corps dans les grandes villes, selon une enquête du magazine Der Spiegel. Le phénomène est alimenté par l’afflux d’investisseurs étrangers, notamment chinois, et de touristes européens en quête de services sexuels.
Occupe la quatrième position le Botswana, qui a fait le choix de légaliser la prostitution face au taux élevé d’infections par le VIH enregistré en 2010. Cette décision, prise au nom de la lutte contre le sida, fait du Botswana le troisième pays d’Afrique de l’Ouest pour le nombre de travailleurs du sexe.
Compte plus de 1,2 million de travailleuses du sexe clandestines l’Algérie, où le phénomène présente une particularité troublante : la pratique de la « prostitution vivante », où cette activité se transmet au sein des familles. Dès l’âge de 16 ou 17 ans, les jeunes filles assument la responsabilité de subvenir aux besoins familiaux, selon une enquête de l’Institut Abasa qui estime que ce problème touche plus de 26% de la population.
Termine ce classement la Tunisie, où la prostitution, héritée de l’époque coloniale, est autorisée, concentrée et contrôlée pour des raisons sanitaires et fiscales.
Émerge comme capitale africaine de la prostitution Addis-Abeba, la capitale éthiopienne, qui avait obtenu ce triste titre en 2015. Les autorités y tolèrent désormais cette activité, sauf en cas de violence, tandis que les travailleuses du sexe sont parfois désignées sous l’appellation de « travailleuses d’entreprise ». Le secteur est même encouragé par des dons internationaux, bien que les ONG aient dû intensifier leurs efforts depuis 2013 face au problème croissant de la prostitution des mineures.
Constate in fine que ce phénomène constitue un grave problème social et sanitaire auquel les gouvernements africains doivent faire face, entre répression et régulation, entre traditions et nécessités économiques, dans un contexte où la lutte contre le VIH/SIDA impose des choix complexes et souvent controversés.