Création d’emplois au Maroc le grand écart entre les promesses et la réalité

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Abdeslam Seddiki

Dénonce une morosité persistante du marché du travail marocain, caractérisé par son irrégularité et sa tendance à la précarité. Alors que le nombre d’emplois créés varie considérablement d’une année à l’autre, la tendance générale reste préoccupante : la capacité de création d’emplois du pays s’est nettement dégradée. Alors qu’auparavant un point de croissance économique générait plus de 30 000 emplois, ce ratio a été réduit de moitié ces dernières années, principalement en raison d’investissements fortement capitalistiques, de faible rentabilité et peu utilisateurs de main-d’œuvre.

Dans ce contexte difficile, le gouvernement s’était pourtant engagé, lors de sa déclaration d’investiture, à créer un million d’emplois durant la législature. Cependant, les données disponibles suggèrent que cet objectif ambitieux risque de rester un vœu pieux.

Les chiffres officiels, année par année, révèlent une réalité contrastée : l’année 2022 a enregistré une perte nette de 24 000 emplois, suivie d’une déperdition encore plus importante de 157 000 emplois en 2023. Ce n’est qu’en 2024 que la balance devient légèrement positive avec 82 000 créations nettes. Au total, sur ces trois années, les pertes d’emplois excèdent les créations de près de 100 000 postes.

La nature des emplois créés suscite également des inquiétudes. La majorité relève du secteur précaire, se concentrant essentiellement dans les services et le bâtiment, tandis que l’industrie, y compris l’artisanat, n’absorbe que quelques milliers de travailleurs.

Cette situation rend d’autant plus surprenante l’affirmation du chef du gouvernement qui, lors de son intervention télévisée du 10 septembre dernier, a fait état de 600 000 emplois créés. Ce chiffre apparaît difficile à concilier avec la tendance à la hausse du taux de chômage, passé de 11,8 % en 2022 à 13,3 % en 2024.

La situation des jeunes reste particulièrement alarmante. En croisant les critères de milieu de résidence, de sexe, d’âge et de niveau de formation, le taux de chômage avoisinerait les 50 % pour la tranche d’âge des 15-24 ans. Au total, ce sont approximately 1,6 million de personnes qui subissent les conséquences du chômage, dont une majorité de jeunes diplômés n’ayant jamais eu l’opportunité d’acquérir une première expérience professionnelle.

Le coût social de cette crise de l’emploi s’avère exorbitant, particulièrement dans le monde rural où la perte d’emplois agricoles n’a pas été compensée par le développement d’activités alternatives génératrices de revenus. Alors que les petites et moyennes entreprises, qui représentent plus de 90 % du tissu entrepreneurial et disposent d’un fort potentiel de création d’emplois, attendent toujours la mise en œuvre effective des dispositifs d’aide prévus par la nouvelle charte d’investissement.

Ces questions cruciales concernant l’emploi méritaient d’être abordées avec plus de rigueur lors de l’intervention du chef du gouvernement sur les chaînes publiques. Les citoyens, qui financent par leurs impôts ces médias, sont en droit d’attendre une information objective et transparente, plutôt que des déclarations non étayées par les données disponibles. Le manque de confrontation sur ces sujets essentiels laisse un goût d’opportunité manquée pour une véritable redevabilité démocratique.

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