La fièvre spéculative des souscriptions, un mirage pour le petit porteur

FR TAHQIQE24

Observez la ruée récente sur les introductions de Cash Plus et de la SGTM à la Bourse de Casablanca. Cette frénésie, présentée comme un signe de vitalité du marché, masque en réalité une dynamique profondément inéquitable où les petits souscripteurs se retrouvent souvent les dindons de la farce. Alors que les taux de souscription atteignent des records, l’attribution finale ne leur accorde que des lots dérisoires, transformant ce qui pourrait être un investissement en un pari à très court terme aux gains symboliques.

Derrière cet enthousiasme populaire, les véritables bénéficiaires émergent clairement. Les banques et les intermédiaires perçoivent d’importantes commissions sur des volumes colossaux, tandis que les actionnaires historiques réalisent une sortie de trésorerie confortable grâce à des valorisations jugées généreuses. Certains médias et influenceurs, quant à eux, profitent de l’audience générée par cette effervescence. Cette situation relance avec acuité le débat sur la finalité de ces opérations : favorisent-elles une culture d’investissement à long terme ou encouragent-elles une logique purement spéculative auprès de l’épargne populaire ?

Interrogé par Hespress, l’analyste financier Nabil Al Khabat souligne cette dualité. « Ces introductions présentent deux facettes : une opportunité de diversification pour les investisseurs avertis, mais aussi un terreau pour un comportement spéculatif collectif où le court terme prime », explique-t-il. Il met en garde contre un enthousiasme qui peut masquer les risques réels, comme une volatilité accrue déconnectée des fondamentaux des entreprises, et plaide pour une éducation financière renforcée.

Le constat est encore plus sévère lorsque l’on examine la rentabilité réelle pour le petit porteur. Jaouad Zniber, expert en ingénierie financière, détaille le paradoxe. « Avec 20 actions achetées 200 dirhams et une plus-value de 25%, le gain brut est de 1000 dirhams. Après frais et taxes, le bénéfice net plafonne à 800 dirhams », calcule-t-il pour Hespress. Un rendement qu’il qualifie de symbolique, ne reflétant ni le risque pris ni la durée d’immobilisation des fonds, réduisant l’opération à une « loterie à faible coût ».

Ainsi, selon les experts, le système actuel de souscription semble davantage conçu comme un mécanisme assurant liquidité aux initiés et commissions aux intermédiaires, que comme un outil d’enrichissement ou de fidélisation du petit actionnaire. La promesse d’un dividende annuel, dans ce contexte, reste anecdotique. Une réforme en profondeur paraît donc nécessaire pour rééquilibrer les règles du jeu, garantir une distribution plus équitable et orienter le marché vers une logique d’investissement durable, évitant que ces fièvres spéculatives ne se soldent systématiquement par la désillusion des moins aguerris.

Aucun commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous ne pouvez pas copier le contenu de cette page