Observez les sélectionneurs des 24 équipes qualifiées pour la Coupe d’Afrique des Nations 2025, et vous verrez se dessiner une nouvelle carte du football continental. Trois jours avant le coup d’envoi, un équilibre s’est clairement établi : les entraîneurs africains sont désormais majoritaires, signant une évolution notable par rapport à l’époque où les « sorciers blancs » européens dominaient le paysage.
Cette tendance s’incarne d’abord par un ancrage local prononcé. Plusieurs nations phares ont en effet opté pour des techniciens nationaux, affichant une volonté de continuité et de maîtrise de leur destin footballistique. Le Maroc de Walid Regragui, le Sénégal de Pape Thiaw, la Tunisie de Sami Trabelsi, l’Égypte de Hossam Hassan ou encore le Cameroun de David Pagou en sont les exemples les plus marquants. Ils sont rejoints par le Gabon de Thierry Mouyouma, le Mozambique de Chiquinho Condé, le Burkina Faso de Brama Traoré et la Guinée équatoriale de Juan Micha, illustrant une dynamique partagée de valorisation des compétences locales.
Parallèlement, une coopération intra-africaine dynamique se développe. Certaines fédérations ont fait le choix de confier leur sélection à des experts d’autres pays du continent. C’est le cas du Nigeria, dirigé par l’ancien international malien Éric Chelle, ou du Soudan, sous la houlette du Ghanéen Kwesi Appiah. Le Botswana s’est tourné vers le Sud-Africain Morena Ramoreboli, tandis que la Zambie mise sur Moses Sichone, un technicien formé localement. Ces décisions témoignent d’une circulation croissante de l’expertise entre nations africaines.
Cependant, l’expertise étrangère, principalement européenne, conserve une place significative, bien que moins prépondérante. La Belgique est particulièrement bien représentée avec Tom Saintfiet au Mali, Hugo Broos en Afrique du Sud et Paul Put en Ouganda. La France compte aussi plusieurs représentants : Patrice Beaumelle avec l’Angola, Sébastien Desabre avec la RD Congo et Emerse Faé avec la Côte d’Ivoire. L’Allemagne, la Suisse, la Roumanie, l’Italie et même l’Argentine complètent ce tableau grâce à Gernot Rohr (Bénin), Vladimir Petković (Algérie), Mario Marinică (Zimbabwe), Stefano Cusin (Comores) et Miguel Gamondi (Tanzanie).
Au final, cette cartographie des sélectionneurs confirme un changement de paradigme. Si les techniciens étrangers restent des acteurs influents, ils ne sont plus la norme. La majorité des bancs de touche est désormais occupée par des entraîneurs africains, qu’ils soient nationaux ou issus du continent. Cette évolution reflète la montée en puissance des cadres techniques locaux, la professionnalisation des formations et, surtout, une confiance renouvelée des fédérations en leurs propres ressources humaines à l’aube d’un grand tournoi continental.